• CRISE DE FOI : Mère TERESA et ses doutes

    Les récentes lettres supplémentaires de Mèrre Teresa publiées ont provoqué un certain émoi médiatique , bien artificiel : la religieuse albanaise, qui a consacré sa vie aux pauvres et aux mourants à Calcutta, doutait de l'existence de Dieu.

    Et alors ? ce qu'il faut retenir de ce personnage, n'est ce pas son altruisme, son esprit de sacrifice, qui n'a rien à voir avec ses croyances ou ses doutes, et se situe même, comme je vais l'expliquer ici, aux antipodes de l'attitude religieuse, qui est essentiellement confinée au plan vital et sentimental, c'est à dire au plan de l'ego et donc de l'égoïsme ?

    Examinons une à une ces "nouvelles citations" qui provoquent le trouble.... d'ailleurs un problème auxiliaire, qui ne nous concenre pas ici, serait de savoir si la vraie foi peut être accessible au doute, ou se caractérise plutôt par la certitude inébranlable d'un roc ...

    "Jésus a un amour tout particulier pour vous. Pour moi, le silence et le vide sont si importants que je regarde et ne vois pas, que j'écoute et n'entends pas", avait-elle écrit en 1979 à un confident, le pasteur Michael Van Der Peet.

    «Où est ma foi -- tout au fond de moi, où il n'y a rien d'autre que le vide et l'obscurité -- mon Dieu -- que cette souffrance inconnue est douloureuse -- je n'ai pas la foi», a-t-elle écrit dans une lettre non datée adressée à Jésus. «S'il y a un Dieu -- s'il vous plaît pardonnez-moi -- quand j'essaie de me tourner vers le Paradis -- il y a un tel vide coupable...»

    «J'appelle, je m'agrippe, j'en veux -- et il n'y a personne pour répondre -- personne à qui m'accrocher, non, personne -- seule».
     

    On nous précise aussi que "Mère Teresa a eu des visions, des appels du Christ. Au cours de l'une d'elles, elle a parlé à Jésus crucifié sur sa croix.

    Mais les lettres révèlent qu'à part un bref répit, la religieuse vêtue de son sari blanc bordé de bleu a passé la plupart des dernières 50 années de sa vie à douter de l'existence de Dieu, en contradiction avec le visage qu'elle affichait en public.
    "

    Dans une autre lettre, écrite en 1959, elle a écrit: «Si Dieu n'existe pas -- il ne peut pas y avoir d'âme -- s'il n'y a pas d'âme alors Jésus -- toi non plus tu n'existes pas.»

    Quels sont les termes qui doivent retenir l'attention dans ces "aveux" de Mère Teresa, et nous mettre ainsi sur la voie de la compréhension, somme toute assez aisée, de ce qui se passe vraiment dans cette âme, comme dans celle de thérèse d'Avila, et en fait dans toute âme "croyante" (même si la violence qui caractérise ces deux "saintes" les met à part, dans une situation d'exception ) ?

    "Je m'agrippe...j'appelle...je regarde... j'écoute...j'en veux " (et de quoi veut elle ainsi  ??)

    tous verbes qui signalent la préoccupation pour l'extérieur, soit l'abandon de l'intériorité spirituelle, le désir d'obtenir, de gagner...en fait le contraire de la prétendue "passivité mystique".

    Et ces attitudes tournées vers la transcendance ne peuvent obteenir que la négation, puisque l'extérieur par excellence c'est l'espace et son silence infini s'agissant de la vie humaine biologique. C'est bien ce qui se passe, comme en témoignent :

    "je ne vois pas... je n'entends pas...le silence...le vide....l'obscurité....personne pour répondre...personne à qui m'accrocher , non, seule...il ne peut y avoir d'âme...alors toi non plus Jésus tu n'existes pas"

    en somme la Nuit obscure de Saint Jean de la Croix diront les grands amateurs de poésie mystique. Mais Mère TERESA est vraiment une sainte en ce qu'elle est honnête, elle refuse toute fiction , toute édification pour culs bénits : s'il n'y a rien, alors elle refuse d'inventer quelque chose !

    Telle est aussi l'honnêteté qu'assigne Brunschvicg à la philosophie qui s'est mise à l'école de la mathématique , sous la forme d'une totale autonomie de la conscience, d'une méthode d'immanence qui refuse les illusions de la Transcendance:

    "si c'est oui, alors nous répondrons oui; si c'est non, ce sera non"...

    "un oui, un non, une ligne droite, un but" : ainsi le Nietzsche de l'Antéchrist caractérisait il pour sa part l'idéal des "hyperboréens" en 1888.

    L'attitude religieuse n'a rien de spirituel : elle est confinée à la basse atmosphère de l'égoîsme vital, et ses rêves futiles d'un Dieu-Papa, sur l' épaule duquel  il serait bon de pouvoir pleurer, qui saurait quand c'est nécessaire jouer les pères fouettards car il en faut à certains et certaines...et cet autre rêve imbécile d'une éternité et d'une immortalité psychique.

    L'attitude philosophique virile, qui est aussi l'attitude mathématique , est bien différente : l'éternité est conquise dans le temps, dans le présent, et le corps et le bas psychisme sentimental (c'est à dire pleurnicheur) est laissé à son destin inéluctable de décrépitude puis d'anéantissement.

    Je ne peux trouver formule plus belle que celle de Brunschvicg pour la dépeindre: il s'agit de "renoncer à la mort"...

    la mort "ce peu profond ruisseau calomnié", qui n'a aucun caractère extraordinaire ou mystérieux ou sacré. "Devenir immortel ...et puis mourir" disait aussi Melville dans "A bout de souffle" de Godard en 1959.

    De quoi s'agit il ? pas de suivre des techniques d'immortalité alchimiques, taoîstes, "tantriques" .... toutes charlataneries vendues très cher par de prétendus "gourous" à des bobos-gogos (et j'ajouterais que ces escrocs ont bien raison de profiter des bobos).

    Que non pas !

    il s'agit simplement de consacrer sa vie, entre les "durées" entourant les années proches de la naissance et les instants proches de la mort, où l'âme a déjà disparu ("l'âme meurt plus vite que le corps" dit Nietzsche-Zarathoustra) à cette "compréhension unitive" de l'Etre et du monde au moyen de l'étude rationnelle (physique mathématique et philosophie) grâce à laquelle les terreurs de la mort disparaissent comme les nuées matinales au soleil du Grand Midi.


     


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