• "La montagne sacrée" (Alejandro Jodorowsky)

     

     http://fr.wikipedia.org/wiki/Alejandro_Jodorowsky

    "La montagne sacrée" d'Alejandro Jodorowsky est un film foisonnant, fascinant et aux sens multiples... je ne désire (ni ne serais capable) pas en faire le tour ici, mais voudrais simplement commenter un dialogue au cours duquel il est fait allusion à un personnage (symbolique et ésotérique bien sûr, comme tout dans le film) qui est "capable de tout traverser, mais limité à un plan horizontal". (J'ai vu le film il y a longtemps, je ne suis pas certain de l'exactitude terme à terme, mais l'essentiel doit y être).

    Je subodore qu'il entend ici désigner la mathématique, voire la mathesis universalis, et cela ne ma plait pas du tout...certains édicteraient des fatwas pour moins que ça ....

    le plan horizontal, pour quelqu'un d'aussi fasciné par l'ésotérisme que Jodorowski, cela fait référence au "mondain" (loka), au plan du samsara, de l'agitation mondaine sans trêve par opposition au "supra-mondain", à l'hsitoire par opposition à ce qui transcende l'histoire.... mais n'est ce pas un axiome de l'hermétisme que "ce qui est en haut est comme ce qui est en bas" ?

    Un glyphe de ceci pourrait résider dans la croix, avec l'axe  vertical (l'éternité) qui vient croiser l'axe horizontal du temporel, le point d'intersection étant d'après Lavelle l'instant, qui est aussi la "porte étroite" dont parle l'Evangile...

    quoiqu'il en soit, un (grand) philosophe comme Carnap serait d'accord avec cette conception de la science comme limitée au plan "horizontal"  des structures, des rapports (des morphismes dans des catégories) .... mis à part qu'il nierait qu'il existe un plan vertical (qu'il nommerait métaphysique, et qui tomberait sous sa critique implacable des "creux concepts métaphysiques" à la Heidegger)...ou encore, comme disait Hamlet : "Word ! Word ! Words !"

    cela dit, Jodorowski ne dit pas autre chose  : le "vertical" est ineffable, il est l"élément mystique de Wittgenstein... "ce dont on ne peut parler, il faut le taire" (mais il "se montre").

    Un certain maitre de Zen, quand les moines lui demandaient de leur révéler la sagesse ultime de la "nature-de-Bouddha", se contenta de montrer une fleur... un autre garda le silence complet.. un autre ouvrit les bras.

    "La montagne sacrée" est un film salutaire en ce qu'il démystifie le bric à brac "ésotériste" du mystère, de ce qui est "forcément inaccessible", "tout en haut sur la montagne" (voir aussi "Le mont analogue" de Daumal dans cet ordre d'idées) : à la fin du film, les "cherchants" découvrent qu'il n'y a rien sous les silhouettes des "Immortels" attablés sur la montagne, et qui étaient censés leur révéler les mystères ultimes.

    Ils sont renvoyés à eux mêmes, à l'intériorité, à la seule recherche qui vaille : celle de leur propre "visage originel".

    Ce n'est pas autre chose que le but que nous nous fixons ici, sur "Mathesis universalsi" : la différence étant que pour nous il n'y a pas d'ineffable, et que nous ne voulons aucunement tenter de "cesser de conceptualiser" pour accéder à une transcendance ineffable, une "transcendance de l'intérieur" selon le beau terme d'un philosophe contemporain.

    Dans le registre de la montagne mystique, il y a aussi la "Montagne magique" de Thomas Mann, ce grand roman initiatique de l'homme occidental. Le personnnage de Hans Castorp, écartelé entre l'humaniste Settembrini, l'homme du "placet experiri" et des Lumières (soit l'empirisme sceptique) et le ténébreux jésuite Naphta (soit le dogmatisme) pourrait bien être très proche de  nous autres, et aussi du personnage  de Jodorowski qui symbolise l'homme en recherche, le "fou" (ou le "Mat") du Tarot...


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